L'idée d'une séparation de l'Alberta du Canada, souvent alimentée par des frustrations économiques et des désaccords sur les politiques fédérales, soulève une myriade de questions complexes. Parmi les plus pressantes et souvent sous-estimées se trouvent celles des Nations Autochtones dont les territoires ancestraux et les droits issus de traités couvrent une grande partie de la province. Dans un scénario hypothétique de sécession, il est inévitable que ces Nations prennent position, non pas en tant que simples citoyens, mais en tant qu'entités souveraines dont le rôle serait de confronter les gouvernements en place.
Les Droits Autochtones : Un Fondement Préexistant
Longtemps avant la Confédération canadienne et la création de la province de l'Alberta, des Nations Autochtones souveraines vivaient, gouvernaient et prosperaient sur ces terres. Leurs droits, ancrés dans la tradition orale, les lois coutumières et, pour beaucoup, les traités numérotés signés avec la Couronne britannique, sont constitutionnellement protégés au Canada. Ces traités ne sont pas de simples accords immobiliers ; ils sont des pactes de partage de la terre et des ressources, reconnaissant souvent la souveraineté et le droit à l'autodétermination des Nations signataires.
Dans le cas d'une sécession de l'Alberta, les Nations Autochtones ne verraient pas leurs droits simplement transférés à un nouvel État albertain sans leur consentement explicite. Au contraire, elles se considéreraient comme des parties prenantes essentielles, exigeant une réaffirmation ou une renégociation de leurs relations et de leurs droits avec la nouvelle entité politique.
Confronter le Gouvernement Séparatiste (ou le Canada)
Si l'Alberta devait un jour déclarer son indépendance, plusieurs scénarios de confrontation pourraient émerger :
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Revendication de la Souveraineté Territoriale : Les Nations Autochtones pourraient arguer que les traités ont été signés avec la Couronne britannique (et par extension, le Canada), et non avec la province de l'Alberta. Par conséquent, la séparation de l'Alberta ne leur conférerait pas automatiquement la juridiction sur leurs terres. Elles pourraient revendiquer une souveraineté directe et des négociations de nation à nation avec le gouvernement du Canada restant, ou même exiger un statut indépendant au sein de leurs territoires.
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Exigence de Négociations Directes : Toute entité albertaine cherchant à se séparer serait immédiatement confrontée à la nécessité de négocier avec les Nations Autochtones. Celles-ci exigeraient une place à la table des négociations pour définir la nature de leur relation avec le nouvel État, y compris la propriété des terres, la gestion des ressources naturelles, la juridiction législative et la protection culturelle.
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Pression Internationale et Juridique : En cas de refus ou de minimisation de leurs droits par un gouvernement albertain séparatiste, les Nations Autochtones pourraient se tourner vers les tribunaux (nationaux ou internationaux) ou des forums comme les Nations Unies pour faire valoir leurs droits à l'autodétermination, conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Elles pourraient chercher à obtenir un soutien international pour leurs revendications.
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Redéfinition des Frontières et des Alliances : Certaines Nations Autochtones dont les territoires chevauchent les frontières provinciales ou même internationales pourraient choisir de s'aligner avec le Canada, avec d'autres provinces, ou même de chercher à établir des alliances inter-nationaux Autochtones, complexifiant encore davantage le paysage politique.
Leçons du Passé et Perspectives d'Avenir
L'histoire du Canada est riche d'exemples de contestations autochtones face aux empiètements gouvernementaux. La "prise de contrôle" des gouvernements par les Nations Autochtones n'est pas une posture agressive, mais une affirmation nécessaire de droits et d'une identité qui préexistent à la formation de l'État canadien.
Dans un contexte de sécession albertaine, ignorer la voix et les droits des Nations Autochtones serait non seulement moralement indéfendable, mais aussi une erreur stratégique monumentale. Leur participation est non seulement légitime mais essentielle pour toute issue pacifique et durable. La séparation de l'Alberta, bien que théorique, met en lumière la nécessité d'un dialogue renouvelé et d'une reconnaissance profonde de la souveraineté autochtone, quel que soit le drapeau qui flottera un jour sur les Prairies.
Soyez prêt à l'imprévisible


