La Crise du Groenland : L’Épreuve du Feu pour l’Article 5 de l’OTAN

Rédigé le 05/01/2026
Mario Brisebois


Depuis sa fondation en 1949, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) a traversé la Guerre froide, la chute du mur de Berlin et la montée du terrorisme international. Pourtant, aucune de ces épreuves n'a semblé aussi existentielle que la crise actuelle au Groenland. Ce territoire autonome danois, pivot stratégique de l'Arctique, est devenu le théâtre d'une confrontation inédite qui remet en question les fondements mêmes de l'Alliance atlantique.

Le Paradoxe de l'Article 5

La pierre angulaire de l'OTAN réside dans son Article 5, célèbre pour sa clause de défense collective : « Une attaque armée contre l'un ou plusieurs d'entre eux [...] sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ». Historiquement, cet article a été conçu pour dissuader une agression soviétique, puis russe. Il n'a été invoqué qu'une seule fois dans l'histoire, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, en solidarité avec les États-Unis.

Aujourd'hui, l'Alliance fait face à un scénario cauchemardesque que ses pères fondateurs n'avaient pas explicitement prévu : l'agression ne vient pas de l'Est, mais de l'intérieur. Si le membre le plus puissant de l'Alliance – implicitement les États-Unis dans ce scénario hypothétique – venait à contester militairement la souveraineté du Danemark sur le Groenland, l'architecture de sécurité occidentale s'effondrerait sur elle-même.

Un Conflit Fratricide

Le Groenland n'est plus seulement une vaste étendue de glace ; c'est un trésor géologique regorgeant de terres rares et une position militaire clé pour le contrôle des nouvelles routes maritimes arctiques. L'intérêt croissant de la puissance américaine pour l'achat ou le contrôle de l'île a transformé une alliance diplomatique en une rivalité territoriale.

Si une incursion ou une pression militaire était exercée sur Nuuk (la capitale groenlandaise) par Washington, Copenhague se retrouverait dans une position impossible : invoquer l'Article 5 contre le garant même de la sécurité européenne.

Les autres membres de l'Alliance seraient alors sommés de choisir :

  1. Respecter la lettre du traité et soutenir le Danemark, risquant ainsi une rupture totale avec la première puissance militaire mondiale et la fin effective de l'OTAN.
  2. Ignorer l'appel du Danemark pour préserver la relation transatlantique, ce qui viderait l'Article 5 de sa substance et signerait l'arrêt de mort politique de l'Alliance par perte de crédibilité.

La Fin de l'Innocence Géopolitique

Cette crise met en lumière une faille structurelle. L'OTAN repose sur une présomption de valeurs partagées et d'intérêts alignés entre les démocraties occidentales. Or, la realpolitik et la course aux ressources dans l'Arctique rappellent que les intérêts nationaux peuvent primer sur les alliances historiques.

Juridiquement, le Traité de l'Atlantique Nord ne possède pas de mécanisme clair pour exclure ou sanctionner militairement un membre agresseur, surtout s'il s'agit de celui qui fournit la logistique, le renseignement et le parapluie nucléaire de l'organisation.

Conclusion

La crise du Groenland n'est pas seulement un conflit territorial ; c'est un test de résilience pour l'ordre international libéral. Si l'OTAN ne parvient pas à résoudre ce différend par la diplomatie pure, elle prouvera que l'Article 5 n'est pas un bouclier inviolable, mais une promesse conditionnée par la puissance de l'agresseur. Pour l'Europe, cela signifierait l'urgence absolue de repenser sa propre autonomie stratégique, hors du parapluie américain qui, dans ce scénario, se serait refermé sur elle.


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