C'est un scénario de cauchemar que les stratèges de l'espace redoutaient depuis le début de la guerre en Ukraine. Selon des informations concordantes provenant de deux services de renseignement de pays membres de l'OTAN, la Russie serait dans la phase avancée de développement d'une nouvelle arme antisatellite (ASAT) spécifiquement conçue pour neutraliser les méga-constellations comme Starlink.
Ce projet, qualifié en interne d'« arme de la peur » par certains analystes occidentaux, marquerait une escalade dramatique dans la militarisation de l'orbite basse.
La fin de l'impunité pour Starlink ?
Depuis le début de l'invasion russe, le réseau Starlink d'Elon Musk a joué un rôle vital pour Kiev. Il a permis de maintenir les communications civiles, mais surtout de coordonner les frappes d'artillerie, de piloter des drones et de relier les unités sur le front alors que les infrastructures terrestres étaient détruites. Jusqu'ici, la Russie avait tenté le brouillage électronique (jamming) avec un succès mitigé, Starlink s'avérant remarquablement résilient grâce à des mises à jour logicielles rapides.
Mais la nouvelle menace identifiée par le renseignement occidental est d'une toute autre nature : la destruction cinétique de zone.
Le « nuage de la mort » : comment ça marche ?
Contrairement aux missiles antisatellites traditionnels (DA-ASAT) qui visent une cible unique avec précision — une méthode inefficace contre une constellation de milliers de petits satellites — l'arme russe miserait sur l'effet de saturation.
Selon les rapports, le dispositif ne chercherait pas à frapper un satellite Starlink directement. Il s'agirait plutôt de déployer une charge en orbite capable de projeter un « nuage destructeur » de milliers de fragments (billes de métal, shrapnels) sur une trajectoire rétrograde ou croisée.
- L'effet shotgun : À des vitesses orbitales de 28 000 km/h, même un débris de la taille d'un grain de sable a la force d'impact d'une boule de bowling.
- La réaction en chaîne (Syndrome de Kessler) : En détruisant une poignée de satellites dans une orbite dense, l'arme pourrait déclencher une cascade de collisions. Les débris des premiers satellites détruits en frapperaient d'autres, rendant rapidement des bandes orbitales entières inutilisables.
« L'objectif n'est pas d'éteindre tout Starlink d'un coup, mais de créer des zones d'exclusion en orbite, des champs de mines spatiaux qui aveugleraient l'Ukraine sur des théâtres d'opérations précis », explique un expert en sécurité spatiale basé à Bruxelles.
Pourquoi maintenant ?
Pour le Kremlin, la supériorité spatiale occidentale est devenue une épine insupportable. La guerre moderne ne se gagne plus seulement avec des chars, mais avec des données. En s'attaquant à Starlink, Moscou cherche à :
- Couper le lien numérique ukrainien : Priver l'armée ukrainienne de sa capacité de commandement et de contrôle (C2) en temps réel.
- Dissuader l'Occident : Montrer que les infrastructures commerciales (SpaceX, mais aussi potentiellement Amazon Kuiper ou OneWeb) sont des cibles légitimes si elles sont utilisées à des fins militaires.
- Rétablir la terreur stratégique : Rappeler que la Russie, pionnière de l'espace, conserve la capacité de rendre l'orbite basse inhabitable pour tout le monde si elle est acculée.
Les dilemmes de l'OTAN
La révélation de ce projet place l'OTAN face à un dilemme complexe. Une attaque contre un satellite commercial constitue-t-elle une attaque contre un membre de l'Alliance (les États-Unis) ?
De plus, l'utilisation d'une telle arme serait, par essence, indiscriminée. Un nuage de débris ne fait pas la différence entre un satellite Starlink, un satellite météorologique européen, ou même la Station Spatiale Internationale (ISS), où résident encore des cosmonautes russes.
« C'est une stratégie de la terre brûlée appliquée à l'espace », s'inquiète une source diplomatique. « Si la Russie appuie sur ce bouton, elle ne se contentera pas de gêner l'Ukraine. Elle pourrait fermer l'accès à l'espace pour l'humanité entière pour des décennies. »
Alors que les regards sont braqués sur les fronts terrestres du Donbass, c'est peut-être à 550 kilomètres au-dessus de nos têtes que se joue le prochain acte décisif de ce conflit global.
Soyez prêt à l'imprévisible


