Davos, 20 janvier 2026. Les montagnes suisses enneigées accueillent le Forum économique mondial comme chaque année, mais cette fois, quelque chose a changé. Dans la grande salle de conférence, un homme se lève. Mark Carney, Premier ministre du Canada depuis mars 2025, ne vient pas pour discourir sur l’économie ou le commerce. Il vient pour dire une vérité brutale, celle que personne ne veut entendre. L’ordre international basé sur des règles n’existe plus. Ce n’est pas une transition, c’est une rupture.
Les mots de Carney résonnent dans le silence de la salle. « Nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition », répète-t-il, sa voix calme mais empreinte d’une gravité palpable. L’ancien banquier central, devenu chef d’État, ne mâche pas ses mots. Il dresse un tableau sans concession d’un monde en plein basculement. La mondialisation, jadis présentée comme bénéfique pour tous, s’est effondrée, remplacée par une rivalité sans contraintes entre grandes puissances. Les notions de partenariat et de collaboration ont cédé la place à une compétition féroce où chaque État cherche avant tout à maximiser ses intérêts, quitte à déstabiliser l’équilibre global.
Carney ne s'arrête pas aux généralités. Il déconstruit la nouvelle mécanique des relations internationales : les tarifs douaniers sont devenus des armes de coercition économique, utilisées non pas pour réguler le commerce, mais pour punir et soumettre. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, autrefois symboles d'interdépendance et d'efficacité, sont désormais des instruments de pression politique, leur vulnérabilité étant exploitée pour affaiblir des adversaires. Plus inquiétant encore, les infrastructures financières, jadis sanctuaires de neutralité, se sont transformées en moyens de chantage, capables d’isoler et d’étrangler des économies entières.
La réalité géopolitique est là, implacable, devant l’élite mondiale réunie à Davos. Pour le Canada, une puissance moyenne qui a toujours prospéré grâce à la coopération multilatérale et à un ordre international prévisible, cette rupture est particulièrement menaçante. Le message de Carney n’est pas seulement un constat, c’est aussi un avertissement et un appel à l’action. Le Canada, traditionnellement un ardent défenseur des institutions internationales, se voit contraint de s'adapter à cette nouvelle donne.
« Nous devons cesser de nous bercer d’illusions », a martelé Carney. « La naïveté n'est plus une option. » Il a sous-entendu que le Canada doit désormais prioriser sa résilience nationale : diversifier ses partenaires commerciaux et ses chaînes d’approvisionnement, renforcer ses capacités intérieures en matière d’innovation et de production stratégique, et réévaluer ses alliances sous le prisme de cette nouvelle rivalité systémique. La préparation au « pire » signifie anticiper les chocs économiques, les pressions géopolitiques et les menaces hybrides qui pourraient découler de cette ère de confrontations.
Le discours de Mark Carney à Davos ne marquera pas la fin de la discussion sur l’ordre mondial, mais il pourrait bien en définir les nouveaux termes. En assumant cette rupture avec une franchise brutale, le Canada, sous sa nouvelle direction, signale qu'il est prêt à naviguer dans ces eaux dangereuses, conscient des risques et déterminé à protéger ses intérêts dans un monde qui a définitivement tourné la page de l’optimisme globalisé. La question qui demeure est de savoir combien d’autres nations sont prêtes à regarder cette vérité en face.


