C'est une petite révolution dans les casernes, mais un pas de géant pour l'intégration. Plus de trente ans après l'ouverture de tous les métiers de combat aux femmes — une décision historique prise en 1989 — l'Armée canadienne s'attaque enfin à un problème persistant et souvent ignoré : l'équipement. Le ministère de la Défense nationale a confirmé le développement et le déploiement progressif d'uniformes et de gilets pare-balles spécifiquement conçus pour la morphologie féminine.
Jusqu'à présent, la doctrine vestimentaire militaire reposait sur un principe non écrit : le soldat est un homme, et la femme est un soldat qui doit s'adapter.
Trente ans d'inconfort et de risques
Pendant trois décennies, les femmes s'enrôlant dans les Forces armées canadiennes (FAC) n'avaient d'autre choix que de porter des vêtements conçus pour des corps masculins. Cela signifiait souvent commander des uniformes de petite taille, puis les faire retoucher à grands frais ou, pire, s'accommoder de vêtements trop larges aux épaules, trop serrés aux hanches et aux manches trop longues.
Au-delà de l'inconfort ou de l'apparence négligée, cette situation posait de véritables problèmes de sécurité et d'efficacité opérationnelle. Un pantalon mal ajusté peut entraver la marche ou la course. Une veste trop ample peut s'accrocher dans l'équipement ou les véhicules.
Le gilet pare-balles : une question de vie ou de mort
L'aspect le plus critique de cette modernisation concerne les gilets pare-balles et les vestes tactiques. C'est ici que la différence morphologique devient un enjeu vital.
Les plaques balistiques standard sont plates et conçues pour des torses masculins. Sur une poitrine féminine, ces plaques peuvent ne pas reposer correctement, créant des espaces vides qui réduisent la protection contre les impacts ou les ondes de choc. De plus, un gilet mal ajusté limite la mobilité des bras, essentielle pour le maniement des armes, et peut causer des blessures par frottement ou une fatigue prématurée lors de longues missions.
Les nouveaux modèles en développement prennent en compte ces différences anatomiques (tour de poitrine, taille plus courte, hanches plus larges) pour offrir une protection équivalente à celle de leurs homologues masculins, sans compromis sur l'ergonomie.
Un outil de recrutement indispensable
Cette initiative intervient alors que les Forces armées canadiennes traversent une crise de recrutement majeure et peinent à atteindre leurs objectifs de diversité. L'Armée vise à ce que 25 % de ses effectifs soient composés de femmes d'ici 2026, un chiffre qui stagne actuellement autour de 16 %.
Envoyer le message que l'équipement est pensé pour elles dès leur arrivée est crucial pour attirer de nouvelles recrues. « On ne peut pas demander à des femmes de risquer leur vie pour leur pays tout en leur fournissant un équipement qui les gêne ou les protège moins bien », souligne une source interne au ministère.
Vers une armée plus inclusive
Ce changement s'inscrit dans une refonte plus large des codes vestimentaires des FAC, qui ont récemment assoupli les règles concernant les cheveux, les tatouages et les bijoux. Cependant, contrairement à ces changements cosmétiques, l'arrivée des uniformes féminins répond à un impératif matériel et opérationnel.
Bien que le processus ait pris un temps considérable, l'arrivée de ces nouveaux kits marque la fin symbolique de l'armée comme « boys club » matériel. Désormais, le soldat canadien n'a plus un genre par défaut, et son uniforme en est enfin la preuve.
Soyez prêt à l'imprévisible


