Il semble que le fantôme de Jeffrey Epstein ne laissera jamais l'Amérique en paix. En ce 23 décembre 2025, alors que le pays s'apprête à célébrer Noël, le gouvernement américain a choisi de déverser des milliers de pages d'archives dans le domaine public. Un cadeau empoisonné, s'il en est.
Au cœur de cette tempête documentaire : Donald Trump. Son nom y apparaît à de multiples reprises, ravivant la fascination morbide et les questions légitimes sur la nature exacte des liens qui unissaient l'ancien promoteur immobilier new-yorkais au financier déchu et criminel sexuel.
Pourtant, cet événement médiatique majeur s'accompagne d'un astérisque monumental, une note de bas de page qui change tout. Dans un mouvement de communication de crise quasi immédiat, le Département de la Justice (DOJ) a pris soin de préciser que ces archives contiennent des affirmations « fausses et sensationnalistes » fabriquées et transmises au FBI à la veille de l'élection de 2020.
Nous nous retrouvons donc face à un paradoxe vertigineux. D'un côté, la nécessité absolue de transparence dans l'affaire Epstein, ce scandale tentaculaire qui a exposé l'impunité d'une élite mondiale prédatrice. De l'autre, la réalité d'une guerre politique où la désinformation est devenue une arme conventionnelle.
La mise en garde du DOJ est à double tranchant. Pour les partisans de Donald Trump, elle validera la thèse de la "chasse aux sorcières" et du "Deep State" cherchant à salir leur champion avec des dossiers montés de toutes pièces. Pour ses détracteurs, cette protection institutionnelle apparaîtra comme une tentative de blanchiment, ou la preuve que le système cherche à minimiser des comportements inacceptables en les noyant sous le label de la "fausse information".
Ce déversement de données brutes, sans filtre judiciaire, est dangereux. Il place le citoyen dans la position du juge, sans lui donner les outils pour trier le vrai du faux. Il mélange des faits avérés — Trump et Epstein se connaissaient, fréquentaient les mêmes cercles de Palm Beach — avec des allégations potentiellement délirantes conçues comme des "oppo research" (recherche d'opposition) politiques.
Le risque, in fine, est celui de la lassitude et du cynisme. À force de crier au loup, ou de mélanger le crime réel avec la fiction politique, l'affaire Epstein perd de sa capacité à choquer pour devenir un simple bruit de fond dans la guerre culturelle américaine.
Six ans après sa mort en prison, Jeffrey Epstein réussit un dernier tour de force : même depuis la tombe, il continue de semer le chaos, la suspicion et la division au sommet de l'État américain. La vérité, elle, attendra encore. Peut-être pour toujours.
Soyez prêt à l'imprévisible