23 décembre 2025. C'est une date anniversaire dont Copenhague se serait bien passée. Exactement un an après avoir secoué la diplomatie mondiale en évoquant pour la première fois l'annexion du Groenland au nom de la « protection nationale », le président américain Donald Trump vient de transformer ce qui semblait être une provocation en une véritable stratégie d'État.
Dans une annonce qui a pris de court les chancelleries européennes, la Maison-Blanche a officialisé hier la nomination de Jeff Landry, gouverneur de la Louisiane, au poste inédit d'« Envoyé spécial des États-Unis pour le Groenland ». Sa mission, décrite sans aucune ambiguïté diplomatique par le président américain, est de « faciliter l'intégration du Groenland aux États-Unis ».
Jeff Landry : Un choix qui ne doit rien au hasard
Le choix de Jeff Landry est hautement symbolique et stratégique. Gouverneur républicain d'un État dont l'histoire est marquée par l'achat de la Louisiane à la France en 1803, Landry est un fidèle parmi les fidèles de Trump. En le nommant, le président américain trace un parallèle historique audacieux, suggérant que l'acquisition du Groenland est la suite logique de l'expansionnisme américain, une sorte de « Louisiana Purchase » du XXIe siècle pour l'Arctique.
« Le gouverneur Landry sait comment gérer les grands territoires et les ressources énergétiques », a déclaré Donald Trump sur sa plateforme sociale. « Il va sécuriser notre flanc nord et libérer le potentiel incroyable de cette île magnifique, que le Danemark peine à gérer. »
Copenhague et Nuuk réagissent avec fermeté
La réaction ne s'est pas fait attendre. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a immédiatement convoqué une conférence de presse d'urgence. « Le Groenland n'est pas à vendre, il n'est pas à louer, et il ne sera jamais intégré de force à une autre nation », a-t-elle martelé, visiblement furieuse.
À Nuuk, la capitale groenlandaise, le ton est tout aussi combatif. Le gouvernement autonome (Naalakkersuisut) a qualifié la nomination de M. Landry d'« acte hostile ». « Nous sommes un peuple, pas une transaction immobilière », a déclaré le Premier ministre groenlandais, rappelant que si le Groenland cherche l'indépendance à terme, c'est vis-à-vis du Danemark, et non pour devenir le 51e État américain.
L'Europe serre les rangs
Contrairement à la première tentative de Trump l'année dernière, qui avait suscité des réactions parfois amusées ou incrédules, l'Europe prend cette fois la menace très au sérieux. La nomination d'un envoyé spécial institutionnalise la démarche américaine.
Dès ce matin, les marques de solidarité affluent vers Copenhague :
- À Bruxelles, la Présidente de la Commission européenne a réaffirmé que le Groenland, en tant que territoire d'outre-mer associé à l'UE, fait partie intégrante de la famille européenne. « Toute atteinte à la souveraineté du Royaume du Danemark est une atteinte à l'Europe », a-t-elle prévenu.
- À Paris et Berlin, les dirigeants ont publié un communiqué conjoint condamnant une approche « d'un autre âge », rappelant que les relations transatlantiques doivent être fondées sur le respect mutuel et non sur la coercition territoriale.
- L'OTAN dans l'embarras : La situation est particulièrement délicate pour l'Alliance atlantique. Le Groenland abrite la base américaine cruciale de Thulé. Voir deux membres fondateurs de l'OTAN (les USA et le Danemark) s'affronter sur la souveraineté d'un territoire stratégique crée une fissure dangereuse que Moscou et Pékin observent avec intérêt.
Pourquoi maintenant ?
Les analystes s'accordent à dire que cette offensive n'est pas un caprice. Avec la fonte des glaces, le Groenland devient l'épicentre des nouvelles routes maritimes et l'accès à des terres rares indispensables aux technologies vertes et militaires. Pour Washington, laisser la Chine s'implanter économiquement sur l'île (via des projets miniers) est une ligne rouge. L'intégration forcée, sous couvert de « protection nationale », est la réponse brutale de l'administration Trump à cette angoisse géopolitique.
En nommant Jeff Landry, Donald Trump signale qu'il passe de la parole aux actes. L'année 2026 s'annonce glaciale pour les relations diplomatiques entre Washington et l'Europe, avec l'Arctique comme nouveau champ de bataille politique.
Soyez prêt à l'imprévisible